L’art fut produit en lien avec son époque, des écoles, des faits historiques, mais depuis la Renaissance, les différences ne sont pas essentielles. En effet, l’art est souvent proche de l’objet et ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que la peinture abstraite se fraye un chemin vers le détachement complet de l’objet. La libération de la peinture est d’abord accomplie par l’impressionnisme. Les Salons des Réalités Nouvelles, organisés depuis 1946 autour du peintre et écrivain Robert Delaunay (1885-1941), permettent, un rassemblement d’artistes non figuratifs qui seront les fondateurs d’un art nouveau théorisé. La première édition du Salon présentant 84 artistes, est organisée dans le but de promouvoir l’art abstrait ainsi que des artistes « inobjectifs ». Ces dernières années, l’art abstrait est toujours revendiqué dans le Salon malgré les « assauts de toutes les formes de figuration ». Ce dernier répond à des problématiques intellectuelles et plastiques posées depuis le début du XXe siècle et sa pérennité réside dans l’abstraction seule. Les pionniers de l’abstraction sont nombreux et certains d’entre eux tels que Frantisek Kupka (1871-1957) ou Jean Arp (1886-1966) ont exposé au Salon.

« Condamner à l’esclavage de l’imitation » depuis trop longtemps, l’artiste du XXe siècle doit se dégager de l’objet en proposant un art synthétique à partir d’une image abstraite. L’image traditionnelle est définie comme une réplique de la réalité. Celle-ci ne renvoie qu’aux apparences tandis que l’art abstrait révèle l’invisible. Selon Vassily Kandinsky (1866-1944) et Piet Mondrian (1872-1944), l’art s’exprime par des moyens plastiques simples afin d’atteindre son essence, sa pureté. L’artiste expose une nouvelle réalité que le spectateur doit recréer par l’esprit. Simone Colombier déclare que « l’homme doit affronter les secrets de l’univers, se détourner du réel pour mieux retrouver l’essence, s’accorder à sa vie, à ses rythmes, sentir vibrer en lui toutes ses résonnances. »

Chaque artiste à son parcours et sa culture qu’elle soit mathématique, musicale, scientifique ou spirituelle. Chacun des quatre artistes pionniers de l’abstraction, Frantisek Kupka, Vassily Kandinsky, Kasimir Malevitch (1878-1935) et Piet Mondrian (1872-1944), ont abouti à l’abstraction entre 1911 et 1917.

 

Le contemporain qualifie la création qui se fait aujourd’hui. Elle revêt des formes, des inspirations, des pratiques tellement diverses qu’il n’est guère aisé de la répertorier et de la classer en mouvements ou écoles. La Galerie 21 rassemble un certain nombre d’artistes tournés vers l’abstraction. Cette pluralité artistique permet d’appréhender la richesse de ce mouvement. Cependant, en raison de cette profusion de genres, les artistes contemporains refusent d’appartenir à telle ou telle tendance. « Marc Jimenez, professeur d’histoire de l’art et d’esthétique à la Sorbonne, constate ces autonomies, mais rappelle que le présent ne peut se défaire du passé » : « Est dit contemporain un type d’art qu’on ne peut assimiler à aucun mouvements et courants antérieurs à la modernité ou aux avant-gardes de la fin des années 1960». Malgré tout, l’art contemporain se nourrit de figures tutélaires. Henri Matisse (1869-1954) prône l’indépendance de la couleur. Il organise l’espace grâce à des aplats colorés en jouant avec l’intensité de la lumière. Ses audaces marqueront l’art contemporain du XXe siècle. Pablo Picasso (1881-1973) est de « tous les combats et de tous les regards ». Artiste multiple, il s’attache à l’idée et délaisse le sujet.

Après la Seconde Guerre Mondiale, nombreux furent les artistes qui ont suivi l’abstraction lyrique ou géométrique. La galerie 21 regroupe des hérités de ces deux tendances. L’abstraction lyrique s’applique à l’action painting de Jackson Pollock (1912-1956) par exemple. Ses supports sont posés au sol sur lesquels, il projette des couleurs industrielles au hasard. Le terme peut s’étendre à l’expressionnisme, au tachisme ou au surréalisme abstrait. Toutefois, le fondateur de ce courant demeure Vassily Kandinsky. Le lyrique est une émotion individuelle, une liberté d’expression en réaction au géométrique. L’abstraction géométrique s’illustre par des formes géométriques et des couleurs disposées en aplats. Elle se retrouve chez Kasimir Malevitch au travers de son suprématisme. Son travail se déploie comme un anti-cubisme jugeant celui-ci trop rationnel. Ce dernier fait comprendre au spectateur que l’art est une chose mentale. Nicolaas Warb (1906-1957) signale que « le besoin de créer des formes et des rapports de couleurs est une impulsion naturelle à ceux qui ont le sens de l’esthétique, qu’ils soient civilisés ou primitifs. L’art abstrait nous en donne particulièrement les moyens. Progresser par l’œuvre d’art, c’est rendre dynamique, réaliser la synthèse de la vie, de la ligne, de l’espace et du mouvement. Dans l’art abstrait, je tente de joindre la quatrième dimension qui me paraît être le sens de l’invisible en présence du visible ».  Frantisek Kupka, Sonia et Robert Delaunay, Mondrian se sont également essayés à l’abstraction géométrique. Selon Marcel Lempereur-Haut « l’origine du tableau est une figure géométrique très strictement et rigoureusement abstraite. C’est un univers exact, précis, clair et lucide duquel les approximations du figuratif sont en fait bannies. »

La galerie 21 expose également des sculptures et des photographies. La sculpture abstraite débute dans les années trente. Ces dernières années, celle-ci s’épanouit grâce à toutes sortes de matériaux et interroge l’espace. La photographie est de plus en plus autonome depuis la fin du XXe siècle. La photographie dite abstraite permet au spectateur de faire surgir une nouvelle réalité et laisse place à son imagination. Le photographe capte un élément concret mais le détourne de sorte qu’avant d’identifier ce concret, la photographie suscite une émotion, un concept, pour le spectateur.

 

« Art abstrait, concret, non-figuratif, anti-objectif ? Je suis moins préoccupé de trouver un nom à cet art que l’élever jusqu’à sa plénitude » indique Jean Maurice Gay. La galerie 21 permet aux artistes abstraits d’être présents sur la scène artistique contemporaine. Le spectateur est mis en contact avec des peintures, sculptures, photographies qui selon l’expression de Paul Valéry ont pour but « d’appeler quelque chose ». Peut être n’y a-t-il pas de méthode pour juger mais simplement une liberté d’apprécier ou d’interpréter le message de l’artiste.

Cindy Masquelier