Lagnieu Hélène

Biographie:

Hélène LAGNIEU est née en 1957 dans l’Ain (France) Son milieu extérieur: boucherie, neige, nature, milieu rural. Son milieu intérieur: créativité, rêves, romantisme, solitude, incompréhension , décalage. L’artiste selon ses mots, dit s’être réveillée de son engourdissement suite à un heureux déménagement dans un atelier à Lyon, ville ou elle s’est sentie immédiatement en harmonie.

Autodidacte, elle développe une narration de l’étrange et du fantastique dans une voie solitaire hors des écoles et des regroupements.

Elle semble attirée par les femmes dotées de pouvoirs ….. Pouvoirs terrestres, naturels ou transcendants; Cela fait écho à une iconographie mythologique ainsi re visitée par ses propres filtres conscients et inconscients. déesses, les vierges, reines, créatures puissantes , merveilleuses de beauté, de force et de fragilité sont souvent le sujet principal. Ses influences sont la symbolique, la nature, les mythes. Longtemps attirée par des artistes tourmentés tels Egon Schiele, Goya, Joel Peter Witkin, Lautréamont, elle est aujourd’hui attirée par les représentations religieuses,et les figures mythiques. Représentée aujourd’hui chez: Galerie Béatrice Soulié Paris Galerie Dettinger Lyon Galerie Art compulsion Montpellier Galerie Hey Paris Collection : Abbaye d’Auberives

Sa démarche artistique est de se laisser guider par l’état du moment présent et évolue en fonction de ses nourritures  et de ses émotions. Son travail évoque le lien entre l’humain, l’animal et le végétal et tente d’exprimer l’alliage savant de cette incroyable magie du vivant. Son univers est complexe peuplé d’une profusion d êtres hybrides qui souvent accompagnent un personnage principal frontal. Techniques utilisées encres, crayon sur papier ou acrylique sur toiles, approche de la gravure.

Ce qu’elle nous inspire :

 » L’oeuvre, et plus spécifiquement l’oeuvre peint, paraît inspiré par l’affolant produit de l’invraisemblable rencontre de Hiéronymus Bosch avec Salvador Dali. Avec, pour compliquer la filiation, une sorte d’aura de l’art sacré tel que le pratiquaient Hubertus et Jan Van Eyck, par exemple. Et, ce travail de décortication, de démembrement et d’introspection semble réellement s’épaissir d’une étonnante, d’une déconcertante dimension sacrée. Mais un sacré dégagé de l’idée de religion, propulsé dans la quête du mythe, à la fois à la source mais aussi à l’intérieur des choses et dans le ventre ouvert des corps. Où se trouve l’âme ? semble se demander celle qui situe sa naissance sur l’étal d’une boucherie, entre couteaux et viscères. Elle mène donc une quête mixte avec pour graal un principe, une essence, quelque chose de transcendant et pour moyens, outre le métier et les façons du charcutier, un talent subtil, un art raffiné de la couleur, un génie du trait, une audace qui s’accommode des paradoxes, une inventivité étrange et une bagage culturel important. Ici, dans l’épatant univers d’Hélène Lagnieu, parmi de somptueux vestiges du Moyen Âge, pas très loin des potences de Villon, des tables de dissection d’André Vésale et des chevalets des frères Van Eyck, on sent, dans des brumes fantastiques et anachroniques, rôder les innommables créatures de Howard Philip Lovecraft, battre des ailes les fantômes et le terrible Corbeau d’Edgar Allan Poe, on entend voleter dans un ballet très contemporain des anges et des mouches, ramper les plus effarants bestiaires mythologiques, on entend hurler et rire Vian, on voit se côtoyer dans le plus effarant rapprochement le sang, les chairs déchirées, les viscères, la beauté et la grâce, et on voit se lever un des univers poétiques les plus époustouflants qu’il m’ait été donné d’admirer. Ici, l’obscène a droit à la scène, l’ignoble touche le noble, le violent effleure le délicat, le passé vit dans et avec le présent, le mécanique et le métaphysique, le médité et l’insensé jouent de concert et tout cela opère ensemble et bâtit une œuvre colossale. Peut-être la plus saisissante synthèse poétique de la destinée humaine. Dans cette œuvre exubérante, exorbitante, abracadabrante, j’avais quelquefois l’hallucinante, l’extraordinaire impression d’entrevoir les mains d’une âme se palpant elle-même. Hâtez-vous de découvrir cette artiste, ce sommet hors catégorie. »

Denys-Louis Colaux /decembre 2013

Les hybri­da­tions conséquentes

 » Dans les peintures, les encres, les collages d’Hélène Lagnieu le monde se mani­feste par le corps de la femme et ses ajouts ani­ma­liers. Les hybri­da­tions forment un nœud où s’efface tout décor. Dès lors elles donnent à ima­gi­ner un indé­fini sur­croît par la vertu de rap­pels et d’analogies. Le corps féminin-animal est rendu à une inno­cence sau­vage. Non que l’artiste ne réduise Eve à la bes­tia­lité. Mais irré­duc­tible à tout type de com­plai­sance, l’artiste crée de fait des por­traits subli­més “inver­sés”.
Ils éloignent autant du facile agré­ment que d’un éro­tisme quel­conque. Certes, la pro­messe d’un cer­tain plai­sir n’est pas obli­ga­toi­re­ment absente : elle fait par­tie de la masse totale de la vie au même titre que (par exemple) la mala­die évo­quée ici par cer­tains élé­ments tirés de gri­moires de méde­cine. Par­fois bour­sou­flé plus que semeur d’excitation, le corps jette le trouble par son déploie­ment d’économie ani­male. Mais tou­te­fois, c’est moins la femme que le voyeur qui tourne en bour­rique dans un tra­vail de résis­tance avé­rée face à la mala­die de l’idéalité comme au malaise des civilités.

L’œuvre séduit par son élé­gance dans la mesure où le lan­gage plas­tique en sa ména­ge­rie bâtarde touche à une vérité et un accès para­doxal au réel. Le contour d’un sein ou d’une hanche très vite coupé par des élé­ments volon­tai­re­ment para­sites accen­tue l’évidence que se joue ici — ani­mal aidant — une exten­sion du réel. Mi-femme mi-bête, l’image décon­te­nance d’autant que la nudité (pro­mise « beyond sex » aurait écrit Duchamp) est pous­sée loin de toute dis­trac­tion super­fé­ta­toire. La longue série de touches savantes et drôles est conduite jusqu’au point où de l’hybridation sur­git une unité par effet de méta­mor­phoses plus radi­cales que méta­pho­riques, fidèles à la réa­lité humaine la plus pro­fonde.
Le corps gras et géné­reux comme une terre fer­tile devient par­fois un simple déploie­ment d’une sou­plesse féline. L’animalité débar­rasse la vision de toute idée de mythe. Elle ramène à une sim­pli­cité char­nelle dou­lou­reuse comme jouis­sive. Hélène Lagnieu détord sans appa­rat mais avec beau­coup de doigté l’arc tracé par la déesse égyp­tienne qui fit jadis du fir­ma­ment tout entier le corps fémi­nin. Ramené à la bête, ce der­nier devient la réponse à une exi­gence irré­pres­sible et natu­relle. Dans sa com­bi­nai­son baroque et vis­cé­rale, l’être passe de l’état de fan­tôme méta­phy­sique à celui de chair pri­mi­tive du futur.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

DISSEMBLANCE ET FIGURATION

 » Les « incarnations » d’Hélène Lagnieu peuvent être considérées comme un mystère du corps et de l’esprit à travers ses hybrides voluptueusement obscènes à l’intersection des figurations humaine, animale et végétale. Son travail se présente sous la forme d’un récit. L’artiste a pu au fil du temps – même si elle se dit véritablement artiste que depuis quelques années – acquérir une puissance créatrice à travers la peinture et la sculpture. Elle explore un monde complexe construit sur la confrontation avec la matière et la relation des êtres dans leur symbiose avec le monde.

L’art est là pour envisager divers rapports à travers les formes. Pour autant le « corps » qui emporte le regard n’est pas celui de la béatitude exaltante. Sa simple masse volumique est plurivoque, parfois érotique, parfois bestiale mais parfois aussi aérienne. Refusant tout caractère ornemental à son travail l’artiste propose un subtil déplacement de l’idée d’empreinte et de relevé. Chaque oeuvre devient l’invention de lieux de hantise et d’infinie méditation sur l’être et son sens.

De l’apparent mutisme de la matière la figuration se lève entre la terre et le ciel. Hélène Lagnieu fait porter le regard à la fois sur le retrait et l’apparition par la vision d’existences « parallèles » ou monstrueuses. Il n’y a pas là des figures vraiment proches (au sens figuratif du terme) mais elles sont en rien éloignées de qui nous sommes. Surgit un éclairage sur l’être entre un dedans et un dehors qui subtilement se rejoignent.

On retrouve dans une telle approche retrouve un mixte de haute culture et d’art plus rupestre. Le travail d’Hélène Lagnieu surprend car au sein d’une sorte d’horreur émerge une élégance particulière. Elle éclate parfois dans une sorte de lyrisme qui ose les mariages les plus improbables mais avec le souci constant de la perfection dans l’aboutissement final.

Là où tant d’autres se contentent d’assemblages hétéroclites donnés pour ce qu’ils sont – c’est à dire pas grand chose – l’artiste conserve la préoccupation majeure de l’aboutissement. Ses sculptures et ses peintures restent d’abord insérées dans son univers le plus familier. Par l’épreuve de cette intimité elle passe au crible les résultats obtenus avant de les présenter.

La tension entre les formes, le bestial et l’élevé, l’humble et le merveilleux donne à son œuvre une force exceptionnelle. Elle prouve qu’il existe dans son travail un moyen de côtoyer l’absurde et le vide pour atteindre une forme de sentiment extatique de la vie en dépit des vicissitudes qui apparemment grouillent au sein de ses figures.

Il faut donc se méfier des portes du songe qu’ouvre Hélène Lagnieu. Car sous le mythologique il y a tant de réel et sa sensualité. Certes le mystique est là mais la sacralité prend sinon des couleurs dionysiaques. Sous le cérémoniel surgit un cérémoniel presque païen. Les corps s’attirent pour d’étranges noces. L’irrationnel s’infiltre et caresse les hybrides entre quiétude, insomnie et feu des chimères.

Tout est là : pertes des repères. Troubles. Agréables troubles tant ils font frissonner. La raison se faufile mais se prend au jeu de l’imaginaire qui, sortant des chemins appris, refuse de porter des croix. Ainsi chaque animal humain devient de fantôme à la recherche d’un contact. Le mythologique joue alors le rôle d’intercesseur, d’ « orgasmisateur ». Il ouvre l’imperceptible chemin entre angoisse et extase.

Vraisemblable et mirage, possible et impossible se mêlent. Alors, puisque tout songe garde une réalité entrons dans cette poésie de l’image. Elle nous fait renoncer aux peurs ancestrales. L’abstraction joue avec le charnel. Ensemble ils osent l’interdit sur le clavier des sens. »

Jean-Paul Gavard-Perret

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